La femme lettrée la plus célèbre du califat de Sokoto est Nana Asma’u (1793-1864), fille d’Usman dan Fodio et sœur du calife Muhammad Bello. Instruite dans le Coran et le droit islamique, elle parlait plusieurs langues et composa des poèmes en arabe, en peul (fulfulde), en haoussa et dans d’autres langues. Son œuvre comprend des élégies, des récits du jihad et des conseils pour les femmes et pour les gouvernants. L’étude de Jean Boyd, The Caliph’s Sister (1989), en est la biographie de référence.
Asma’u organisa un réseau d’enseignantes, les jajis, qui parcouraient le califat et instruisaient les femmes chez elles, en utilisant ses poèmes comme textes d’enseignement, souvent appris par cœur et chantés. Leurs élèves étaient les ’yan taru, « les associées ». L’éducation des femmes se faisait donc dans les maisons et les cercles féminins, ce qui la rend difficile à voir dans les archives mais importante dans la pratique.
L’exemple compte pour les débats d’aujourd’hui. Il montre que les fondateurs du califat voyaient dans l’instruction des femmes un devoir religieux, et qu’une femme pouvait être une autorité respectée dans un cadre de réclusion.